07/11/2008

Ça arrive que le mot te blesse. De sorte que dans conversation banale, banale, faut employer l'expression la plus désamorcée possible, autrement on se méfie pas pis on meurt, on s'y attend pas pis ça frappe là, à gorge, avant que t'ayes eu le temps d'envaler une once de cognac. Faut garder les mots blancs (c'est les mêmes que les noirs, juste le degré, l'intensité qui varie, c'est l'allure qui griffe, pas le dedans, pas le contenu ) pour les occasions que t'es préparée à souffrir, soigneusement préparée.

En arriver à dire le mot amour comme le mot roche, c'est l'idéal. Tu réponds non mais pourtant... Prononcés sus le même ton... Tu gardes les bégayages qui cernent l'état d'âme, tu polis les mots, coupes les hameçons, limes les têtes de clous. Des fois, au contraire, t'es malmènes un brin, t'employes le mot précis qui caractérise pus rien, qui passe à côté de toute parce qu'y est sorti trop tard. La plusse atteinte, dans c'te jeu-là, ça reste toi, ceux que tu ménages s'en aperçoivent même pas [...]

J-M. Poupart, Chère Touffe, c'est plein de fautes dans ta lettre d'amour. Mtl, Éditions du Jour, 1973.

1 commentaire:

Accent Grave a dit…

Les mots sont souvents justes (pas toujours), surtout ceux qui ne sont pas spectaculaires. C'est la compréhension de ces mots chez trop de lecteurs innatentifs qui, à mon sens, fait défaut.

Accent Grave