14/12/2008

Cette fois où j'ai dormi

Ce semblait être une salle d’exposition déserte. Ou plutôt une salle d’exposition dont les cadres avaient été désertés. Artaud y faisait les cent pas, essayant en vain de dénouer une masse informe de ficelles grises. Ses pas étaient précis, chorégraphiques, d’une mécanique implacable. Parfois, il s’arrêtait pour redresser le col élimé de son parka. Des journaux détrempés jonchaient le sol et je tentais de les lire, accroupie, cherchant une réponse informulable. Artaud, visiblement irrité, se grattait nerveusement le front en répétant Et nous paternes assistants /De la transfusion de nos moelles / Voyons fondre aussi les étoiles / De nos rêves exhilarants. De l’eau blanchâtre, crayeuse, tombait du plafond. En relevant la tête, je vis que la salle était désormais bondée d’une foule compacte et délirante. C’était nous.

Aucun commentaire: