10/12/2008

Lignes sinueuses

Elle courait et ses jambes avalaient la rue et elle pensait à toutes ces vies qui couraient autour d’elle et elle se disait qu’ils étaient comme ces courbes sinueuses vouées au parallélisme et que ce parallélisme les empêcherait définitivement de se toucher. Elle courait et ses jambes étaient des ciseaux et la rue était texte qu’elle traversait et ce texte était l’histoire du monde et son histoire qui s’emmêlaient et elle remontait le cours des mots et elle lisait à rebours et les images défilaient sous ses yeux et ses yeux se brouillaient.

Elle courait et ses yeux se déversaient sur ses pas et la neige n’était plus de la neige mais une croûte de sel et ce sel n’était plus sel mais Mer Morte qui se sédimentait dans le vide. Elle courait toujours et elle fuyait et elle savait le caractère vain de cette fuite. Elle courait et les mots aussi couraient dans le vide et ce vide creusait des interstices qui s’engouffraient sous ses pas et tous ces mots de vide se répondaient dans la nuit. La nuit était, il n’y avait rien d’autre à dire.

Elle courait et la ville était un vaste boudoir et ses jambes arpentaient les moquettes épaisses et elle fuyait à tâtons et ses yeux savaient ce qu’ils refusaient de voir mais ils ne voyaient pas les parois se résorber mais ses mains arpentaient les murs et sentaient les textures s’effriter et ses doigts fleuraient l’humidité des huiles déchues et les couches de vernis l’avaient faite femme-bouteille non pas ivre mais œuvre enduite. La nuit fuyait, il n’y avait rien d’autre à dire.

Elle savait si bien fuir et elle courait et elle pensait à ces frontières qu’elle ne savait plus franchir et ses jambes avalaient la route et les flocons de sel brûlaient ses yeux et ses yeux se fermaient et elle courait maintenant à tâtons et l’histoire du monde et son histoire couraient à rebours avec elle. Elle courait encore et ses jambes traçaient des pistes incertaines et elle cherchait un refuge, une grotte, une nuit qui serait rabelaisienne, et elle croyait en une vérité tapie sous la croûte des mots et elle cherchait une essence tactile qui saurait la rendre lumineuse. Elle courait et ses pas frémissaient et elle savait si bien fuir qu’elle se transmuait en lignes sinueuses et ces lignes sinueuses, elles couraient sous tes yeux, lecteur. Entre ces lignes et la courbe de ton iris, il y aurait toujours cet espace infranchi, cet écart minimal, ce point de fuite. Il n'y avait rien d'autre à dire.

2 commentaires:

LeRoy K. May. a dit…

wow. wow. wow.

je te slammerai ce soir dans la grande interblogalité de nos mondes.

LeRoy K. May. a dit…

désolé la fatigue m'a rattrapé, c'est sur ma TODO :)