21/01/2008

Le sex appeal sera spectral


Le sex appeal sera spectral
Je suis très fier d’avoir en 1928, en plein apogée de l’anatomie fonctionnaliste et pratique, prédit, au milieu du plus moqueur des scepticismes, l’imminence des muscles ronds et salivaires, terriblement gluants d’arrière pensée, de Mae West . La femme spectrale sera la femme démontable.

[…] La femme deviendra spectrale par la désarticulation et la déformation de son anatomie. Le corps démontable est l’aspiration et la vérification de l’exhibitionnisme féminin, lequel deviendra furieusement analytique, permettant de montrer chaque pièce séparément, d’isoler, pour les donner à manger à part […] Cela se réalisera grâce au perfectionnement pervers des prochains costumes aérodynamiques et de la gymnastique irrationnelle […]
J'arrête là. Vous pensiez tout de même pas que j'allais vous le fourger en entier! Allez le chercher, ça vaut le coup:
André Breton, Anthologie de l'humour noir, Jean-Jacques Pauvert éditeur, 1972., 411 pages.



17/01/2008

Journée franche

7h34, tu t’éveilles, glacée, mannequin de givre.

Les yeux clos, tu regardes les ombres vacillantes. Arrogantes, elles te narguent et ondulent, roulent des reins dans un mouvement d’algues terribles. Maladroite, ta main quitte la surface silencieuse de tes draps froissés, tes doigts sur les paupières, tu tentes de t’arracher à l’évidence crue du matin.

Tu t’extirpes de la molle emprise de ton lit, ce champ de bataille depuis longtemps déserté. Tu titubes maladroitement entre les monticules de t-shirts entassés , terrain miné.
Bref regard à l’extérieur.

De toute évidence, la journée s’annonce franche, comme la gifle d’une amant.

15/01/2008

Toi, le soir, l'hiver

Les silhouettes ondulent au comptoir, les rires giclent et s’estompent, balayés par la rumeur urbaine. Flot de paroles superposées. Les corps s’entrecroisent et continuent la route improbable qui les mènera vers d’autres lieux anonymes.
Tu sors
Les yeux rivés sur tes pas, ne penses à rien, bifurques…trajet aléatoire. Le soir est blanc, le trottoir silencieux. Derrière toi, devant toi, en toi, s’animent les mêmes lieux communs, les mêmes espaces mille fois foulés. Tu ajustes ton manteau, ton souffle te précède. Les rues te narguent, le métro t’engouffre.