18/12/2008

We all could be sooooo glam

Nous serions les dignes représentants du dandysme le plus outrageant, nous ne serions plus que strass et paillettes. Nos bottes seraient vertigineuses, belles à pleurer, elles domineraient le monde. Nous serions tous des David Bowie régnant sur les labyrinthes androgynes de janvier. Nous brillerions tous, formant une grande constellation ostentatoire et les mots sortiraient de nos corsets faisant éclater les baleines, libérant nos bustes blancs de lait. Le ciel ne serait plus alors qu'un vaste filet-résille où s'accrocheraient nos grands rires rouges et gonflés.

00:25

Chercher à s’atteindre
Traduction figurative
D’une trame d’ombres

Jeux d'ascenseur

Parole à froid
Dans un nul part
Fulgurant
Vertical
Les ombres s’allongent
S’étirent
Le calme
Impose son rythme
Palier
Tu guettes
Le Décompte lumineux
Régulier
Les reflets
T’observent
Convergent
Sur la porte d’acier chromé.

16/12/2008

Mouvement dernier


Les véritables FASCINATEURS

S’évaderont des pages

ET crèveront le ciel

L'un et l'autre

L'un

T’étudier
Noter l’emplacement exact de tes traits
Ne rien esquisser
Pas encore
Calculs patients

****************
L'autre

Je garde l’image intacte
Chaque détails
D’une trajectoire idéale
Puis, tu t’es fait rare
Et j’ai feint de t’ignorer

15/12/2008

Logeurs de l'esprit et autres squatteurs mentaux

Il y avait tant à dire. Nommer les choses l’éreintait. Et pourtant, il le fallait bien. Il lui fallait tenter le coup. Il lui fallait nommer la froideur odieuse des paysages arrachés, la magnitude des astres, le métamorphisme des roches, la séismicité des êtres et les zones de subductions où ils se fracassaient. Il lui faudrait encore dire la légèreté et Fragonard et la douleur et Goya et l’angoisse et Munch et les couleurs et Gauguin et les papiers collés et Braque et les puretés linéaires et le Bauhaus et l’éclat et Pollock et, et… tout ce qui restait d’imprononçable.
Elle s’était donc astreint à une certaine routine. Une écriture quotidienne.
Souvent, elle butait contre ses maladresses, contre ses censures, elle trébuchait aussi sur ses points de friction. Lorsqu’elle et le langage ne se reconnaissaient plus, lorsqu’ils se niaient mutuellement, elle s’arrêtait et tournait son regard vers l’en dehors.
Là, elle y lisait les autres. Ils savaient mieux dire. Elle se laissant imprimer par eux. Plus basse que le jour, elle se laissait piétiner, ravager par cette transhumance des idées.
Ils étaient peu. Elle les appelait ses logeurs de l’esprit, ses squatteurs mentaux. À leur insu, ils savaient faire advenir en elle l’écriture et tout ce qui restait d'imprononçable.

14/12/2008

Parce que...


... Parce qu'il fait blanc.
...Parce que j'avais envie/besoin de couleurs.
...Parce que l'acrylique tue la monochromie de décembre.
...Parce que le dimanche n'est pas fait pour penser à la théorie de la fiction.

Cette fois où j'ai dormi

Ce semblait être une salle d’exposition déserte. Ou plutôt une salle d’exposition dont les cadres avaient été désertés. Artaud y faisait les cent pas, essayant en vain de dénouer une masse informe de ficelles grises. Ses pas étaient précis, chorégraphiques, d’une mécanique implacable. Parfois, il s’arrêtait pour redresser le col élimé de son parka. Des journaux détrempés jonchaient le sol et je tentais de les lire, accroupie, cherchant une réponse informulable. Artaud, visiblement irrité, se grattait nerveusement le front en répétant Et nous paternes assistants /De la transfusion de nos moelles / Voyons fondre aussi les étoiles / De nos rêves exhilarants. De l’eau blanchâtre, crayeuse, tombait du plafond. En relevant la tête, je vis que la salle était désormais bondée d’une foule compacte et délirante. C’était nous.

13/12/2008

Rituel

Noir total. Les doigts opèrent en silence, ils savent les gestes à faire, ils enchaînent les mouvements. À cette étape, seule la mémoire gestuelle importe : ouvrir le boîtier, retirer la pellicule, couper la pellicule placer la pellicule dans la cassette. Bain. Rincer la pellicule, la laisser glisser dans l’étau des doigts, suspendre la pellicule. Attendre.

J’aimais plus que tout ces soirées passées en chambre noire. Hors du monde, nous étions quelques-uns à s’affairer en silence. Seuls quelques frémissements d’ombres mouvantes venaient distraire la densité rouge de l’atmosphère. Bercée par l’odeur aigre des bains, quasi transfigurée, je regardais les choses naître dans ces bassins de révélateurs, fascinée par la lente apparition de ces paysages, de ces portraits, de ces corps. Je me demandais alors et me demande encore aujourd’hui comment la beauté savait naître dans des eaux si acides.

11/12/2008

Cruciverbisme du corps

Ça commence toujours comme ça. Ça se pointe sur ta peau, filigranes silencieux et toi tu penses : des fissures des tranchées. Mais ton corps n’est pas plaine tu n’es pas territoire. Je disais donc que ça commence toujours comme ça, ça te strie ça te stance ça te scande et ça te scinde et toi tu te dis : métrique. Mais ton corps n’est pas strophe tes vers sont souples.
Je disais donc que ça commence toujours comme ça, ça te pousse ça te plie ça te penche ça te bâillonne et ça te trace et tu es grille entre ses doigts. Dame-damier tu te démènes te démembres te disloques te détends te déploie. Tu n’es ni Reine ni Tour ni Folle ; l’échiquier est ailleurs.
Je disais donc que ça persiste et ça perdure et ça noircit tes cases (celle-ci, cette autre et celle-là) et ça t’espère et ça te scrute et ça t’enserre. Puis, tu comprends, pendant que ça t’instigue t’intrigue t’investigue verticale que ça te t’explore, t’instaure t’installe horizontale. Ça finit toujours comme ça.
Cruciverbisme du corps.

10/12/2008

Lignes sinueuses

Elle courait et ses jambes avalaient la rue et elle pensait à toutes ces vies qui couraient autour d’elle et elle se disait qu’ils étaient comme ces courbes sinueuses vouées au parallélisme et que ce parallélisme les empêcherait définitivement de se toucher. Elle courait et ses jambes étaient des ciseaux et la rue était texte qu’elle traversait et ce texte était l’histoire du monde et son histoire qui s’emmêlaient et elle remontait le cours des mots et elle lisait à rebours et les images défilaient sous ses yeux et ses yeux se brouillaient.

Elle courait et ses yeux se déversaient sur ses pas et la neige n’était plus de la neige mais une croûte de sel et ce sel n’était plus sel mais Mer Morte qui se sédimentait dans le vide. Elle courait toujours et elle fuyait et elle savait le caractère vain de cette fuite. Elle courait et les mots aussi couraient dans le vide et ce vide creusait des interstices qui s’engouffraient sous ses pas et tous ces mots de vide se répondaient dans la nuit. La nuit était, il n’y avait rien d’autre à dire.

Elle courait et la ville était un vaste boudoir et ses jambes arpentaient les moquettes épaisses et elle fuyait à tâtons et ses yeux savaient ce qu’ils refusaient de voir mais ils ne voyaient pas les parois se résorber mais ses mains arpentaient les murs et sentaient les textures s’effriter et ses doigts fleuraient l’humidité des huiles déchues et les couches de vernis l’avaient faite femme-bouteille non pas ivre mais œuvre enduite. La nuit fuyait, il n’y avait rien d’autre à dire.

Elle savait si bien fuir et elle courait et elle pensait à ces frontières qu’elle ne savait plus franchir et ses jambes avalaient la route et les flocons de sel brûlaient ses yeux et ses yeux se fermaient et elle courait maintenant à tâtons et l’histoire du monde et son histoire couraient à rebours avec elle. Elle courait encore et ses jambes traçaient des pistes incertaines et elle cherchait un refuge, une grotte, une nuit qui serait rabelaisienne, et elle croyait en une vérité tapie sous la croûte des mots et elle cherchait une essence tactile qui saurait la rendre lumineuse. Elle courait et ses pas frémissaient et elle savait si bien fuir qu’elle se transmuait en lignes sinueuses et ces lignes sinueuses, elles couraient sous tes yeux, lecteur. Entre ces lignes et la courbe de ton iris, il y aurait toujours cet espace infranchi, cet écart minimal, ce point de fuite. Il n'y avait rien d'autre à dire.

09/12/2008

Station Villa-Maria

Le métro m’expulsait lorsque je vis cet homme et son enfant blond. Légers et lumineux, ils se laissaient prendre au jeu infini de l’escalator. Ils m’étaient si familiers. Je leur tins la porte. Comme deux comètes, ils traversèrent la rue et s’évanouirent dans la ville.

Je ramassai prestement les miettes d’enthousiasme qu’ils avaient laissé dans leur sillon.

08/12/2008

Portrait d'un rêve passant au dessus d'une insomniaque

(Cette fois, je pouvais m'amuser à autre chose... ma communication est finie ! ah, les joies délicieuses du graphite ! )

Trucs géants

Elle lui disait des trucs géants, démesurés, des trucs du genre : « Tu deviendras le lieu même de l’avènement du sens » ou pire encore, elle prononçait avec lenteur : « Tu seras mon appareil de révélation ». Heureusement, il n’entendait pas ; l’assourdissement dans lequel baigne notre époque l’empêchait de saisir ces sottises qu’elle lui lançait comme des notes discordantes.

Poulpes


07/12/2008

Come on in my kitchen

Avec cette neige, un atmosphère d’enlisement.
Un jour parfait de vieux blues.
Un jour pour transformer l’absence en sons
(Un son est un bruit chargé de désir)
Écouter Robert Johnson.
Poussière sèche sur la steppe blanchie de décembre.

You'd better come on in my kitchen
Babe it going to be rainin outdoors
Winter time's comin
Its gonna be slow
You can't make the winter babe
Thats dry long so
You'd better come on in my kitchen
Babe it going to be rainin outdoors

05/12/2008

Retranscriptions

Toujours la même histoire. Je me pousse au mauvais moment. J'ai un problème de nanosecondes. Je suis en (un ?) décalage. L'après-midi fut sordide. Épais de sous-entendus. J'ai acheté un magazine et des clopes au tabac du coin. Un truc qui parle de bouquins et d'américanité. Digestible. Au bas de la jaquette, des mots se détachent: La route perdue - courir. Je ne suis pas encore en retard. J'entre et me répands sur une table. J'ouvre une page, aléatoire. Le titre me saute au cou: Fantasme de tableau. On y résume un roman d' Augustina Bessa Luis: Un rejeton d'une grande famille déchue de Porto s'éprend d'un Rembrandt. A la folie... Tu aimerais sans doute. Enfin je crois... peu importe. La serveuse m'apporte un café. Délayé. Au comptoir, un clone de Clapton mange un club. Je le dévisage. Il a des mains de musicien. Les mains, c'est tout ce qui compte, tu te souviens ? A moins que ce ne soit la bouche, je ne sais plus trop.
****
Le ciel est boticellien, rien de moins. Un bleu parfaitement léché. Quelques stratus cotonneux ceintrés de gris acier. Seuls les pylones arrogants narguent cette démesure, bandés dans leur arrogance métallique.
Je te décris le ciel parce que tu n'y habite pas.
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J'ai remonté St-Denis et ma mémoire. Poursuivant le fil ténu de ce que nous aurions pu être. Je n'ai trouvé que des ombres. Elles m'ont tourné le dos.
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Quartier latin. Retrouver ses disquaires, ses rythmes. Faire des provisions sonores pour l'hiver. Me perdre dans l'immensité verticale de cette librairie minuscule.
Me perdre, impérativement.
****

03/12/2008

lignes de fuite

Au fond, elle s'était toujours sentie comme ça.
Un territoire de multiplicités sans racines, arborescent, décentré
Une constellation de lignes de fuite.

02/12/2008

Question de contexte

La main. C’est tout ce qui compte. Le reste n’est qu’une question de contexte. C’est ce qu’elle se disait alors qu’elle estompait une courbe trop affirmée. Devant elle, s’agitaient des poulpes lascifs. La lumière du lampadaire faussait les couleurs de la pièce baignée de lueurs orangées. Sa main remontait le chemin d’un tentacule, sa paume galbait les contours incertains d’un homme à peine esquissé. Parfois, elle suspendait son geste. Incertaine, elle avalait une rasade d’un mauvais vin argentin, tiédi entre ses cuisses. Les poulpes prenaient forme, vivaient sous ses doigts, lui lançaient au visage des nuages noirâtres d’encres sourdes. Elle s’agrippait alors au vieux chevalet, résolue à en finir avec elles.
La main, c’est tout ce qui compte. Le reste n’est qu’une question de contexte. C’est ce qu’elle se disait alors qu’elle frottait ses pinceaux dans les vapeurs de térébenthine. L’eau lui brûlait les doigts. Nauséeuse, elle se laissait griser par l’odeur effrontée et elle pensait aux poulpes, laissés en suspend, et aux mots aussi, des mots horribles et vrais, des mots à trancher au couteau, en lamelles fines, des lambeaux de mots qui fondent sur la langue, lovés au creux des palais, des cubes roses de mots ivres, des tartares de mots. Elle pensait à l’encre des poulpes qu’elle avait bu, qu’elle avait confondu avec un mauvais vin argentin, tiédi entre ses cuisses. Elle pensait à l’éternel fantasme de l’absorption, à boire à être bue, la main au goulot le goulot à la bouche, les mots qui valsent sur les langues de poulpes qui crachent leurs encres aux visages des femmes. Elle pensait et ses lèvres goûtaient la térébenthine et les mots nauséeux s’effondraient dans sa bouche, comme un présage. Elle pensa enfin : La bouche, c’est tout ce qui compte. Le reste n’est qu'une question de contexte.

01/12/2008

L'art de la fugue

…Confuse, je détournai les yeux, brouillages étranges, troublée par le bruit de fond rétinien qui se superposait effrontément à l’habituelle régularité des choses. Quelque chose donnait une texture, une épaisseur au canevas habituel, un nouveau pigment très dense, une odeur minérale, peut-être. Quelque chose rendait éminemment tangible l’articulation du lisible et du visible. Un Rouge de Cadmium, un vrai, un de ceux qui intoxiquent, un de ceux qu’on irait excaver jusque dans les profondeurs de Thèbes. Partout sur les murs, dans les couloirs, une odeur de soufre sévissait, j’accélérais le pas malgré le vertige, mais rien n’y faisait, mes pas s’enlisaient.
Sortir, dévaler les quelques marches qui me séparaient de la terre ferme. Besoin de renforts, de graphite, de papier vélin poreux. J’ai pensé dessiner Goulatromba. Le Cadmium reculerait peut-être devant mes griffonnages odieux. Tandis que j’esquissais ce risible rempart, la neige détrempait mes feuillets, occultant toute possibilité de fuite. Agenouillée sur le trottoir, la tête renversée, je tentais d’empêcher son odeur de m’imprégner, mais elle court-circuitait nonchalamment les sentiers de mes synapses. Elle se transmuait maintenant en impressions auditives, en curieuses fugues, en incessants préludes.

Se relever. Courir. La ville me narguait, entravait ma fuite. J’étais perdue. Prisonnière d’un tableau de Mondrian, blanc, labyrinthique (Composition no 10 Pier and Ocean). Je semais quelques mégots, dans l’espoir de retrouver mes pas. Je crus d’abord le froid responsable de cette rougeur sur mes doigts, mais je compris que c’était le Pigment qui s’infiltrait dans mes yeux et gauchissait l’image même que je me faisais des choses.

Ma tête ne valait guère plus qu’une pellicule vierge, où Cadmium burinait d’étranges intertextes. Il y écrivait de mots codés, sporadiques, inconstants. Il ressuscitait Maldoror enfouit depuis des siècles sous les poutres de mon cortex préfrontal : « ton ventre de mercure contre ma poitrine d’aluminium, assis tous les deux sur quelque rocher du rivage, pour contempler ce spectacle que j’adore ». Les mots rugissaient, fusionnaient et se fondaient en de nouveaux spectres chromatiques. Une autre nuit s’ouvrait et Il m’injectait ses mots, me brûlant l’esprit, comme une ultime semonce : « Pourquoi cet orage et pourquoi la paralysie de mes doigts ? Est-ce un avertissement d’en haut pour m’empêcher d’écrire, et de mieux considérer à quoi je m’expose, en distillant la bave de ma bouche carrée ? ».
La neige recouvrait maintenant entièrement la ville, j’étais nue, frigorifiée, bleue, imbibée d’encre. Cadmium projetait mon corps sur cette nouvelle surface. Sans pitié, il regardait la nuit blanche s’imprégner de mes curieuses empreintes. Je n’étais plus que courbes, encres et bavures. Sans le savoir, il avait su réinventer Klein (Anthropométrie de l'époque bleue) et le sens de la déroute.

Lundi

Le café est prêt. J’en laisse délibérément tomber quelques gouttes sur le rond du poêle. Odeur parfaite de matin brûlé. Rituel. Me réchauffer les doigts. Chaleur électrique, sèche. J’ai cru un temps que c’était la ville, que c’était tout le monde. Peu importe. Il reste le café fumant. Il y aura assez de mots. Ils émergent, en relief : espaces flottants, navicules (naviculae). Ils font mal à regarder. Tout est tellement là.