14/04/2009

Sur l'Île au massacre


Elle est née face à l’Île au Massacre, s’est perdue dans ses herbes sèches, s’est tailladée les genoux à arpenter ses flancs de rocs, s’y est endormie, s’est lovée dans ses algues, s’y est réfugiée fumant ses premières clopes, goûtant ses premières lèvres innocentes irradiantes insouciantes indolentes dans la grotte où périrent, bien avant, des Indiens nomades brûlés transpercés déchirés vifs. C’est aussi là qu’elle découvrit Lautréamont et son Maldoror et Michaux et Breton et Char et Ponge et Tzara et Tzara et Tzara L’Île au Massacre suspendue entre deux rives, belle arrogante défiant le Bic, Île-Ogresse tentaculaire bordée de mer, mon île mon repaire ma mansarde ma tranchée mon étrangeté. L’Île au Massacre comme une préfiguration de ce qui allait venir, île baignée de mer et ma mère retrouvée pendue mère leurrée liée ligotée à la gorge gorgée de bleu raide raidie bleuie sans souffle. Mer Marée haute nager vers l’Île l’eau me glace me tétanise me sangle aux tempes et son sel me scelle m’assaille aux lèvres et me livre et me lie et m’enlise L’île mon Île, trou béant dans ma gorge me laboure me taraude me toise me trépane et me serre et m’enfreint et me gifle et me presse et me prend et me cambre et me brise et me braise et m’ébruite et me broie Mon Île, j’ai revu ta silhouette nette aspirant soufflant suintant saignant la brume la bruine et brise les corps depuis des siècles et rage et racle et fume encore ma belle horrible, mon Arcane mon Icône mon Idole me sculptant me scrutant m’auscultant m’occultant me narguant m’avalant m’enserrant me léchant me criant :
« Ma pauvre, qu’es-tu devenue ? »

6 commentaires:

Pierre-Luc a dit…

J'aimerais bien t'écrire un joli poème moi aussi, mais j'en suis incapable. Je vais donc me coucher sur le sol, transcendé.

36poses a dit…

aime ça moi z'aussi

LeRoy K. May. a dit…

très rythmé très fou. belle progression vers le devenir.

É. a dit…

Je ne connaissais pas encore cette bouleversante fureur, ici. Tu es généreuse.

Meta a dit…

Pierre-Luc : Exit la poésie ! Ton roman nous transcendera tous, nous trifouillera les tripes. On en redemandera !

Annie: Z'aurons-nous la chance de nous revoir ? Fais-moi signe quand tu reviens à Québec !

LKM : :)

É: (...)

36poses a dit…

bien sûr z'aurons la chance! :)