28/02/2009

En mémoire de nos pagailles

J’étais une île de chemins creux, vivacité adossée sur l’air indolore des certitudes et toi tu recomposais mes printemps. Devant l’indocilité des baisers déconcertants, tu érigeais des replis d’ombre pour ralentir nos pas dans l’étroitesse des voix, les accolades avides, le festoiement des chairs décalées, la combinatoire de nos peaux.

Maintenant ne restent que ces vestiges de tiédeur que j’ai scalpé
Ce point dense à l’horizon
En mémoire de nos pagailles

26/02/2009

L'exact envers du monde

Viens. Nous serons l'exact envers du monde, presque rien à l’échelle d’un corps. Viens, passée la lenteur de nos fuites il nous restera encore l’approche des instincts émus. Viens, nous ne ferons presque rien, à peine une propulsion de l’informel tissé dans quelques trames vibrantes. Pressés contre les boues du papier soluble, nous nous livrerons à une filature d’étoiles.

25/02/2009

Bureau blanc, homme à lunettes, femme-grenouille et autres mystères.

Le bureau est saturé de silence et de neige et le soleil s’y engouffre et Pellan ne bronche pas et il se déploie horizontal et symétrique. Il y a aussi Ferron et son front où se déploient trois rides parallèles et son regard s’engouffre dans les encres saturées de Gauvreau et Gauvreau jette son encre au soleil et la neige ne bronche pas et elle s’instaure en écran blanc et il y a encore cet homme qui joue avec ses yeux et ses lunettes sont de petits écrans et cette femme qui s’élève au-dessus de tout en reine-grenouille et sa bouche énorme scande des mots qui font rêver et le rêve fait fondre la neige et le soleil et le bureau et les rides parallèles de Ferron et les encres lumineuses et peut-être moi aussi.

…ne reste alors que cet écran blanc.

24/02/2009

Ni la trace ni l'ombre

Passé l’hiver et les écharpes obscures, te trouverai-je encore, quand tu seras partout ? Saurons-nous encore être poreux, pourrons-nous seulement délaisser nos abîmes initiés au front des vitres ?

Passé le temps des crépuscules monochromatiques, il y aura bien sûr l’infini de la route , les gouffres minuscules, l’aluminium craquelé, l’air tendre, la marée infirme et cet espace entre les corps

Mais de nos parts inutiles se désolant sur leurs ruines, ni la trace ni l’ombre.

22/02/2009

Étanches au monde

Attisés des désastres et des fêtes, dans leurs trajectoires vives et laborieuses, nos corps phosphores flotteront entre les immeubles blanchâtres avec ce sentiment tenace de ne pouvoir être autrement. Nous serons ces ondes intralucides dévertèbrant les réverbères, dévorant les courbes du ciel et nous rierons, étanches au monde, jouant nos jeux d'humains, titubant nos pas entre les métaux lourds de nos égarements.

20/02/2009

De nos incertitudes et autres prétentions de pacotille

L’histoire absorbe toute pensée propulse l’œil hors du monde. Il faudrait que la vie soit un enfant qui s’invente. Trop happé de poussière pour lire les traces du soleil le regard glisse hors des récits et les grands ciels s’allongent. Il nous faudra encore regarder vivre les choses dans la lenteur des jours obliques. Rien n’est encore dit mais nos tannières, mais un certain volcan, mais cet étrange bunker, mais nos voix sourdes savent encore tisser les toiles des hautes incertitudes.

17/02/2009

Tubéreuses

Dans nos bouches, ce n’était déjà plus des mots mais des relents de tubéreuses, des bulbes improbables et résineux. C’était peut-être encore un peu de cette innocence terrible avec laquelle nous fatiguions les nuits en émoussant les heures fragiles de nos soudaines amplitudes. L’avenir au fond ne nous intéressait pas.

08/02/2009

St-Denis ou l'art de l'in-quiétude

L’inquiétude me lasse et je me surprends à penser aux hauts-oiseaux, à ces longues intensités de l’été dernier, à Saint-Denis ce matin de juillet, à ses poulets trop tièdes macérant sur les grilles rouillées, à ses pakistanaises démembrées, à ses landeaux sales, à ses clochards de papier, à ses jambes fuselées trimbalant des sac faussement Vuitton à Brahim rêvant sous ses étals aux carrefours des soleils. J’ai pensé surplomber la ville voirs ses rues grandes plaies ouvertes . Saint-Denis, c’est un peu le remède contre l’inquiétude, le quotidien sans-appel, la saleté joyeuse, le carpe diem bas-de-gamme, le carnaval aigre-doux que cache Paris, cette grande garce lumineuse.

03/02/2009

Germes

Nous vivions dans l’urgence. Cessant d’attendre les bonheurs absolutoires aux franges de la vie, nous buvions les précipités rances de la mémoire avant de les recracher, rayés de lumière. Nous nous faisions concepteurs d’aurores, créant à grands coups de rires forcenés une page dense pour humilier chaque ville. Puis nous accouchions toujours un peu et c’était le monde entier qui saignait et nous étions comme ces tresses de viande épuisées de soleil . Tu me disais : «Tout renaît toujours un peu » et je détournais le visage en riant, rassurée par ma propre fragilité.