22/04/2009

À tâtons

Minuit quelques grenailles.

Une fois de plus, à tâtons, le doute. Tu te retrouves rectiligne, claustrée sur ce
lit ton chemin de traverse ton rond-point improbable sans balise sans piste sans périphérie et puisqu'il le faut tu t'y glisses sous ces draps t'y presses t'y imprimes t'y comprimes regardes le plafond la texture du vide.
Tu te dis demain demain peut-être bien
une faille
un ciel
une lettre
un signe
et tu regardes les murs te regarder et tes pensées pensent et courent et se fêlent et se figent et ça monte à la tête et tu t'accroches aux mots au textes au relief des choses et ça flotte et ça fuit et tout en toi tremble et ça migre ça te tire t'aspire et tu cours et tu fuis et tu fends la nuit égrènes les heures sur tes draps froids à texture de vide.

20/04/2009

Inventaire

...Et quand je t’aurai tout écrit, il me faudra encore:

Te rencontrer dans la brûlure, frôler tes lisières, rouler à tes pieds d’envol, te chuchoter des mots périlleux. Naître à toi, enchevêtrée de tes regards qui carbonisent, troquer mes yeux pâles contre le manège de nos lèvres réversibles, t’inventer des parfums qui grésillent, t’allumer des incendies figés de brouillard, forger de vent tes poudrières de déluge, attiser les fièvres de tes archipels souterrains…

Et encore m’égarer dans les foudres définitives, te balbutier des trajectoires tourmentées, me ligoter dans tes rivières, nous inventer un autre corps, un autre lieu, un autre état, osciller dans tes paumes d’écorce, me fondre dans les aspérités de tes repaires festifs

Et quand épuisée, je franchirai, encore une fois, le seuil de ta caverne, tu m’accueilleras dans un silence parfait et nous rirons de notre impermanence et de l’imprévisible issue de nos rencontres fortuites

19/04/2009

Allongée, sans raison

Allongée, je pense à ces chemins qui s’enroulent s’évadent hors de moi. Le carrelage est frais, mes doigts suivent le tracé géométrique, vaguement convexe de ses interstices. Je pense au tracé de mes lombaires plaqués au sol, aux arcs précis que forment ma nuque et mes reins sur les dalles blanches mâtinées de gris.

Fermer les yeux. Relever le front, le menton. Inspirer. Penser au ventre qui se soulève, régulier, métronomique. Penser à une île, une clairière, un boisé, une verdure folle, musquée. Imaginer une falaise massive, mobile, t’y voir assoupi, détailler ton front grave, ton souffle combustible, tes mains calmes tissant l’oubli, inventant des cortèges de surface, dessinant des escales hors du Delta de nos réveils. Mimer les gestes que nous poserions.

Sans raison, pour rien, pour le plaisir, étendue sur le carrelage, t’espérer, t’imaginer auscultant mes encres, encore un peu.

18/04/2009

Il y avait cette clairière

Il y avait encore cette clairière où nous nous retrouvions. Sauvages, nous forions ses nefs humides, geignant d'odeurs dans l'écrin des souches. Fébriles, avides, fiers d'être sortis de l'enfance, nous escaladions l'aube et ses enclos de feuilles musquées. Intimidée, inerte, invocante je guettais tes avancées précautionneuses sous la nappe phréatique de mes jupes de cîmes. Offrande de l'enfance s'enduisant d'adolescence, hanches d'éclat dévalant les buées de l'étreinte jusqu'au seuil des terre battues...
et nous étions ces silhouettes riantes emmêlées d'herbes hautes, arpentant les franges et les marges et les bandes de cette clairière où nous allions.

14/04/2009

Sur l'Île au massacre


Elle est née face à l’Île au Massacre, s’est perdue dans ses herbes sèches, s’est tailladée les genoux à arpenter ses flancs de rocs, s’y est endormie, s’est lovée dans ses algues, s’y est réfugiée fumant ses premières clopes, goûtant ses premières lèvres innocentes irradiantes insouciantes indolentes dans la grotte où périrent, bien avant, des Indiens nomades brûlés transpercés déchirés vifs. C’est aussi là qu’elle découvrit Lautréamont et son Maldoror et Michaux et Breton et Char et Ponge et Tzara et Tzara et Tzara L’Île au Massacre suspendue entre deux rives, belle arrogante défiant le Bic, Île-Ogresse tentaculaire bordée de mer, mon île mon repaire ma mansarde ma tranchée mon étrangeté. L’Île au Massacre comme une préfiguration de ce qui allait venir, île baignée de mer et ma mère retrouvée pendue mère leurrée liée ligotée à la gorge gorgée de bleu raide raidie bleuie sans souffle. Mer Marée haute nager vers l’Île l’eau me glace me tétanise me sangle aux tempes et son sel me scelle m’assaille aux lèvres et me livre et me lie et m’enlise L’île mon Île, trou béant dans ma gorge me laboure me taraude me toise me trépane et me serre et m’enfreint et me gifle et me presse et me prend et me cambre et me brise et me braise et m’ébruite et me broie Mon Île, j’ai revu ta silhouette nette aspirant soufflant suintant saignant la brume la bruine et brise les corps depuis des siècles et rage et racle et fume encore ma belle horrible, mon Arcane mon Icône mon Idole me sculptant me scrutant m’auscultant m’occultant me narguant m’avalant m’enserrant me léchant me criant :
« Ma pauvre, qu’es-tu devenue ? »

13/04/2009

Braconnages matinaux

Il faudrait une forêt de nuances
Et des versants magnétiques
Pour contenir l' ambiguïté
Du regard amplifié
De tes braconnages matinaux

Et il te faudrait sortir
de tes plaines
de tourments latéraux

Et il me faudrait dégrafer
mes jambes en fuites fraîches

Et il nous faudrait
...Un ailleurs habitable
...Une chambre vertébrale
...Une métropole naine
...Un lac souple

Pour nous contenir toujours

12/04/2009

Évidences printanières




*************
Prédiction anodine

Dans l’écume précise
des fièvres opaques,
la nuit crue
épongera nos plaintes déguisées
Tu iras
comme un flux d’écluses
en haleines écloses
dans l’écrin des couloirs

*************

Ritournelle-rituelle

Décante ma robe
En gelées sourdes
De parfums syncopés

Intermède

Et parfois je quittais
Les plages de balbutiements
Les grands horizons rectilignes

Brûlée aux mots liquides
Cet épuisement cette soif
M’enfoncaient
Aspiraient les minéraux

Bouillonnements
Infractuosités
Me dissoudre lentement

J’ai entendu
Le bruissement
D’une ville
Dans mon ventre

09/04/2009

Demain, à l'aube

Demain, à l’aube
Je retournerai aux chapelles volcaniques
Murmurant des tiges amères
Les cuisses givrées de fleuves

J’allongerai mon ombre déportée
Ficelée de calme
Dans tes marais incisifs

Je reviendrai à toi
Comme une oraison d’attirances
En fleurs de feu

08/04/2009

L'ascension des possibles

J’avais peut-être
La BOUCHE silence de plâtre humide
Les PIEDS glaises ascensionnelles
La POINTE des seins vers l’Arctique
Comme des boussoles de sucs polaires

Et sur mes HANCHES tes chiffons imbibés
Et au VENTRE tes écharpes rêches
Et mes YEUX exaltés de voûtes
Sous tes bivouacs éventrés


Et je présentais
Mes CHAIRS de fièvres filantes
Aux banquises de titane
Là où les corps expirent

06/04/2009

Considérations climatiques

Tempête de pluie
On annonce une crue d’étoiles
Et quelques embâcles pour insomniaques
.........................

L'averse liquéfie les textes du corps.
Qu'on se le tienne pour dit.

05/04/2009

Fulminate

Griffonner

Sous une balistique de cieux nus
Des mots de fer blanc
Couchés en chien de fusil
Sans cran de sûreté

Écrire
Jusqu’à ce que le percuteur
Attise le fulminate

04/04/2009

Comme un ermite

Tu étais comme un ermite
Suivant des doigts
Le relief
Le tracé
Minéral
D’une femme
Absente
Sur les parois
Ascendantes
D’une caverne bleue

03/04/2009

À vitesse d'escargot

Passées les nudités oisives
Sur l’île profane de nos draps
Nous aborderons le large
À vitesse d’escargot
Jusqu’aux rives nouvelles
D’un continent soluble

02/04/2009

Saine et Sauve

Baby, you just as welcome to my lovin', as the flowers is in May R.Johnson


Elle errait, perdue dans une pluie de nerfs
Ficelée dans la brûlure des tiges
D’un illimitable deuil

Et une silhouette se détache du hasard
Lui fait quitter le vrombissement
Des réveils absurdes
La fait naître en suspension
Au creux
D’un feuillage de bouches
Dans les boues
Confortables
D’un nouveau vertige

Les charmes impensés du naufrage

IL

Tel un massif de roc
Repoussant les frontières de la consolation
Entre les baies acrobatiques
Et les plaines d’incendies
Écartelé aux roues de l’éveil
Les solitudes infusées aux traits
Il s’aère d’ailleurs

Elle

Incante une peau de falaises,
balbutie le lointain
tremble l’écran de textes
Et s’échoue aux plages des salives
Grande cale humide
Au pied d’un massif de roc

Rencontre impensée
Sous une grande orée de fer

01/04/2009

Saccades d'avril

L’aube marche plus vite
Dans les boues haletantes
D’avril
Je pense aux landes baroques
Qui brûlent
À l’intérieur

.....................

Avril pointe
Sous ma gorge évidente
Dans la géométrie du souffle
Avec l’élégance d’une pureté
Qui s’écarte
Nos Clavicules tacites
Se perdent
À tâtons
Dans la fumée
Des signaux qui brûlent