20/06/2009

Jeux d'espaces ténus

Tu te densifiais derrière moi et je me laissais prendre au jeu. Impatiente d'éprouver l'espace ténu qui nous séparait, je roulais sur moi-même scrutant la patine de tes regards fous. Ta démarche était calculée, hésitante, tu piétinais au hasard des rues, lorgnant l’intérieur des bâtiments désaffectés en quête d’un habitacle sacré où nicher nos halètements en suspension. Loin du reflux des néons, nous étions fluides, paumés, seuls au seuil des connivences et tu-te-me forais les fluides et tu-te-me tournais en moi et tu t’étonnais de mes ouvertures lactées filandreuses de plaies et sur ma cuisse des oiseaux en bouteille scandaient des hymnes rouges liquides sous ta langue et tu laissais déborder le goût tout autour de tes lèvres et repus de ces jeux d’espaces ténus, nous guettions en silence les premiers signes de l’endormissement respiratoire des grands oiseaux rouges fléchés de nous.

16/06/2009

Éclaté

Mon éclaté tu m’irrigues aux lombaires
T'infiltres aux tempes atrophiées
Et trames ton avancée aux caillot des cimes
Un plomb aux ventricules
Tu lèches mes nervures panchromatiques
Mon éclaté tu contiens
Des espaces rageurs et des guêpières de sucre et des froids–résille et des Beretta de nylon
Et fuselé des cris pointus de ma carlingue tu m’éclates encore

15/06/2009

Acculée

Acculée, je me pressais au mur tentant de me fondre à l’uniformité du blanc. Toujours cette même fraîcheur. Le front plaqué à la paroi, je tentais d’ignorer la perfection silencieuse de tes tanières d’étain cependant que tes déflagration m’épongeaient de stries incolores. Balbutiante de traces confuses, je retournais sans cesse aux eaux premières, m’époumonant d’odeurs poreuses, rampant sur ta droite infinie. Imperturbable et rieur, tu disais : Tiens, Regarde. Un ciel s’effondre !
Et je convergeais vers tes marais copieux, dans le creux évasé de tes poudrières électriques.

12/06/2009

Penthrite

Et frémissante je renaîtrai dans l'attente,
dans l'embouchure immobile,
des gestes que tu ne poseras jamais
Et dans tes absences il y aura encore
Tes paumes de mots d’alumine
Ta bouche vitrifiée
léchant mon phosphore aux commissures

Notre souffle humide
Vapeurs blanches
Tu m’éparpilles toi mon penthrite
Toi et ma peau tendue
de mots
Martelée de toi,
le centre évanoui
de mots

10/06/2009

J'aurais voulu dormir

J’aurais voulu me coucher, dormir. Le temps se dérobe et dessine mes murs en chambre étrangère. À l’affût, je scrute l’épaisseur floue fouille le silence. Les draps tièdes encore. Je t’envisage à distance tandis que cette odeur silencieuse obstinément… J’aurais voulu dormir, ramener mes genoux sur mon ventre, fondre sous la couette humide, fraîche comme l’aube. J’aurais voulu la lumière en flaques. J’aurais voulu que tout s’efface se superpose se sommeille et s’engourdisse. 4h45.

08/06/2009

Femme absente

Méta : Suffixe. Du grec μετά. Auto-référence. Le fait d'aller au-delà, à côté de, entre ou avec. En science : Niveau d’abstraction supérieur.

Aux nuits indistinctes, une femme absente cours et trébuche et cours encore. Dissoute à la lisière des connivences, elle peint en secret des moments nus. Elle cours et elle pense à la fissure des signes et elle voit le temps qui s’écoule et se durcit contre son regard. Le souffle bridé, gorgé de retenues, elle ralentit parfois et marche encore. Elle n’est nulle part et pourtant, et pourtant elle se sent être au milieu, sculptée, traversée d’ombres, d’interstices, de courbes dont elle fait collection. Et aux nuits de plénitude elle reprend sa course indécente et quitte les terrains accidentés et emprunte des ponts aériens. On dit que quelque part, au bout d’une route perdue, une femme absente trace d’étranges signes sur le canevas indécent de la peau des passants.

04/06/2009

Tout succombera...

Et malgré nos tanières imbibées
tout sentait le soufre cachot incendié
Et nos lèvres blanchies à la chaux
Et nos corps poudreux, épuisés
patients et liquides
fécondant les nuées
ciselés d’images sèches
Et ne restaient que nos mots rouge d’ambiguïté
Et nos jeux oblitérés d’évidences aigues …
Imperturbable tu répétais : tout succombera.