05/03/2010

Des crépuscules acides


des crépuscules acides surgit une écume de cidre     une marée d'ardeurs égarées 
des crépuscules acides surgit une épiphanie de feu qui transperce encore une fois les édifices     une dernière fois avant le crépuscule suivant     et l'autre 
combien de crépuscules peuvent se démultiplier et se suivre     sans perdre leur beauté chlorhydrique     sans perdre l'ardeur d’un au revoir 
à la limite des grattes-ciel des crépuscules acides j'en ai vu     sur la terrasse derrière la maison de Suzanne une myriade de crépuscules chaque fois plus cinglants à mesure que l’heure du départ approchait      chaque fois plus criants     algues enflammées sur la cime du pommier mort     sur la paroi des maisons s'étirant se déchirant les ombres des crépuscules 
l'acide des pommes se mêlait à la rouille céleste et je pressentais la fin d'une époque     mille fois cette époque revue depuis la terrasse     le pommier et les crépuscules acides dans des instants de silence si denses si ténus     on sent les battements de cils d'un papillon le scintillement des sens au seuil de l'ivresse quand le lendemain c'est le départ imminent la fin des crépuscules comme c'est pas croyable     à cette heure là replié sur soi-même dans l'attente d'une réponse qui ne viendra pas     on le sent bien     c'est trop tard     les mots sont acides et la nuit saigne le ciel

6 commentaires:

Meta a dit…

Et les vases communiquent,créent des assemblages, tracent des enchevêtrements beaux « comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie ». Merci Bourbon.

É. a dit…

Elle t'entraîne vers son lieu tout près de la rivière
Et tu entends les navires qui vont et qui reviennent
Tu peux passer la nuit là
Et tu la sais à moitié barje
Mais c'est pour ça que tu veux être là

Mlle d'enfer(t) a dit…

Comptine cruelle. Très beau leitmotiv des crépuscules acides... :)

αяf a dit…

Le crépuscule, cet entre-chien-et-loup qui nous pousse aux excès, qui nous affole le bulbe. Cet entre-deux-mondes qui nous effraie comme il nous fascine. Et cette couleur sang pour nous le rappeler.

Leroy K. May a dit…

nice shit my brother

Bourbon a dit…

Ce qui est bien d'écrire chez Méta, c'est qu'il semble y avoir un grand lectorat.

Merci à tous pour vos bons mots!