19/10/2011

Et nos maisons fausses


Et il nous faudrait dire nos maisons fausses. Et dans ces maisons fausses, dire le gyproc et le clapboard, les mousses isolantes et les bardeaux d’asphalte, les isolants thermiques, les ouates de cellulose, les laines de verre et les isolants acoustiques. Et il nous faudrait dire  j’habite. Et cet habité se profilerait au creux de nos maisons fausses, s’érigerait à même leurs matériaux. Il nous faudrait dire exactement j’habite les double-vitrage, les pare-vapeur, les conduits, les gaines électriques et les matériaux composites, j’habite  les ossatures et les charpentes, j’habite les panneaux de bois agglomérés, les réduits, les cloisons de Placoplatre, les renforts, les thermoplastiques, les parpaings et les carrelages et le granulat et les gaines et les fils et les gouttières. Il faudrait dire précisément j’habite les interrupteurs et les fusibles et les adaptateurs et les madriers et les purificateurs et les tôles et les amplificateurs et les zincs et les régulateurs et les cuivres et les câblages et les tuiles isolantes ignifuges. Il nous faudrait dire nos maisons fausses et leurs halètements, et leurs crépitements, et leurs grésillements inaudibles de maisons fausses. Il nous faudrait dire nos maisons fausses et leur chant d’acouphènes confortables à l’oreille des banlieues.
Crédit photo: Alex McLean, American Way of Life.

3 commentaires:

lhiverakhartoum a dit…

Wow!J'adore ce texte... Et moi qui déménage en banlieue dans ma nouvelle maison la semaine prochaine...

Daniel a dit…

Très bien ce texte qui crache et qui sonne comme le vrai.

manouche a dit…

Un beau texte habité.