27/11/2011

Un trou, une absence

Une fois, elle a eu un blanc, un trou. C’était je crois sur le boulevard Arthur-Buies, dans le haut de la ville. Un trou, une absence, près du court de tennis, aux environs de ce quartier résidentiel où toutes les rues portent des noms de Monseigneurs. Une seconde elle était là et celle d'ensuite, rien. Vide, le regard.  Elle s’en disait affolée, par ses trous, ses absences. Elle avait les souvenirs pâles, vrillants. À l’époque, j’imaginais l’oubli comme un trou dans un mur de plâtre. Un trou de plâtre et de poussière, un trou de fils, de câbles et de mousses, un trou qui aspirait tout, un trou qui t’aspirait d’abord les doigts, puis les bras, puis la tête et le corps en entier, un trou venteux qui aspirait les souvenirs entre les murs de la maison (imaginer les murs qui ploient, qui bombent), un trou qui s’engouffrait dans la tête des mères et en chassait les nuées d’images, un trou qui te laissait la tête vide comme une grange vide, érugineuse et pleine d’échos.
À l’époque, j’imaginais la mémoire comme une longue bande de terre vide.

1 commentaire:

Patty a dit…

Beau! L'image est tellement bien choisie...