06/01/2011

Rêver l'invisible / Pierre Ménard


En savoir plus sur les Vases communicants

Ce rien de couleur, la courbe de son épaule, songeuse. Un peu de l'air frais du matin. Tu la vois à peine. La faille autant que la forme. Tu la devines. Et combien de fois son humeur au lointain ? Ce monde me suffit. Prendre lentement son visage entre ses mains. Sentir son souffle tiède filer entre nos doigts. Un mur manque. Il captait le soleil dans son piège, il en faisait danser sous nos yeux les reflets. Il est désormais difficile de déchiffrer les inscriptions qui y étaient tracées. Je regarde ces choses qui pourraient être des signes. L'image est transparente, désormais. Dans cette lumière des heures où semble rêver l'invisible. Une ombre d'hésitation quelquefois. Légère rupture d'équilibre. Une impatience, un désir. Je m'obstine. Je cherche longuement des indices non sans quelque inquiétude. Tu te laisses guider par la main comme par une aveugle dans la lumière. L'instant d'après je pense à la couleur, aux miroirs, aux formes et aux rythmes aussi, à l'émouvante sonorité des mots. Je pense aussi aux litanies des instants d'autrefois. La réflexion est mémoire. Une attente qui se consume. Ce que je dis la mémoire, ce que l'on peut nommer la parole, c'est un paradoxe, atteindre en nous à davantage que nous. Je veux d'ailleurs que le temps s'arrête. N'allons pas plus avant...

Photographie: Pierre Ménard
À lire sur Liminaire, le site de Pierre Ménard, mon texte : À rebours