19/12/2012

Éclaté


Matin monochrome
je marche dans la suffocation rassurante
de la ville ensevelie
la beauté impose le silence

comme un tronc éclaté au travers de la gorge

18/12/2012

Vies possibles


Parmi toutes les vies possibles
il faut choisir une vie et s’ancrer dans cette vie,
 pour pouvoir contempler, sereinement, toutes les autres
Sebastien Brebel, Le fauteuil de Bacon
Il m’arrive de penser que chaque lieu est le recouvrement exact d’un autre. Il m’arrive d’espérer un basculement. Il m’arrive de souhaiter recouvrir cette vie exactement par une autre.  Il m’arrive de compter les vies qui se superposent là, au fond. Il m’arrive de me répéter le nom des rues habitées : Saint-Louis, les tours grises; Sainte-Marie, le sous-sol du salon de coiffure, Saint-Germain; l’appartement face à la banquise ; Sainte-Thérèse, l’odeur de la brûlerie; Saint-André, le bruit des ambulances. Il m’arrive de penser que chaque vie est le recouvrement exact d’une autre, et parfois parmi toutes ces vies tu te fraies un chemin, tu insistes, tu t’imposes là. Et ça brûle là aux commissures. Et ça brûle ici encore, entre les roches cousues au ventre. Il m’arrive de croire qu’il suffit de nous contempler, sereine, dans cette autre vie que la nôtre, dans cette vie que nous n’aurons pas et qui recouvre exactement celle-ci. Il m’arrive de croire que les rues, que les pavillons, que les couloirs, que les murs, que les néons, que ces escaliers, que ce bureau, que cette fenêtre recouvrent exactement, précisément, ce que nous ne serons pas. Parmi toutes les vies possibles, je pense Il faut choisir, je martèle Une vie et s’ancrer dans cette vie. Et puis il arrive que ça fléchisse, que ça se dérobe là sous les jambes, que ça ploie un peu. Là. Imperceptiblement. Il m’arrive de la regarder, cette vie qui m’a choisie, il arrive que ça coagule là, que ça s’engorge, que ça coince juste ici. Et je suppose qu’il faut s’ancrer là, malgré les aubes crispées, les entailles nettes, les désirs détachables, l’indifférence des couloirs, le rituel rassurant des cafés tristes, les distorsions de l’air ambiant, malgré l’œil qui cherche un signe, malgré les non-dits, malgré ce qu’on enfouit. Parmi toutes les vies que nous n’aurons pas, il m’arrive de t’imaginer là. Ça bascule, imperceptiblement.